Samedi 8 mai 2010 6 08 /05 /Mai /2010 23:33

Là-bas, il y a  des arbres au bois rouge.

Bois sacré, silencieux, dans la chaleur de la nuit et la lenteur du jour.

Ici, depuis toujours, depuis l'enfance du monde, il pleut.

Bruit des gouttes bleues sur les feuilles.

Là-bas aussi, un jour il a plu, une pluie torrentielle, elle a fécondé la terre.

Ici, les gouttes de plus en plus bleues ont abreuvé les feuilles.

Là-bas, la terre est devenue violente, mais de l'arbre est montée une grande douceur.

Ici, les gouttes bleues ont entonné un chant de merci à l'arbre qui offrait ses feuilles.

Puis, le ciel et la terre se sont renversés, il n'est plus resté que la mer et l'arbre au milieu donnant sa douceur aux gouttes bleues sur ses feuilles.

Un jour, une voix se fera entendre qui séparera les eaux des eaux. Alors, le ciel et la terre reprendront, jour et nuit, le cycle, mais nouveau, car l'arbre n'aura pas cessé d'accueillir le goutte à goutte de la vie. Comme un coeur qui bat entre deux sangs qui n'en sont qu'un.

 

 

 

EX-VOTO

 

 

          I

 

Quelques fois le monde en vas clos

 déborde et me serre la gorge

je bois péniblement le bruit

des gouttes bleues sur les feuilles

 

 

          II

 

Les images ne prennent plus

elles frappent sur une matière douce

pendant que l'Ami parle au désert

 

 

          III

 

Il se dresse

l'orage découpe son écorce

son visage éclate dans les branches

habitées d'insectes

 

 

          IV

 

Il piétine les dalles

près de la Vierge Noire

et des livres s'écrivent dans l'ombre

puis il se courbe en appelant les astres

qu'il écrase dans ses mains

sous ses pieds

 

 

          V

 

Le chant du monde se répand

dans ses veines

il travers les fruits

de l'autre côté du rouge

l'aube initiale allume des bougies

qui font tourner les anges et ma tête

 

 

          VI

 

 

La voix se tait renversée

dans mon naufrage de barrières

d'échelles couchées de barreaux

qui remontent à la surface de mes yeux

Alors nage calmement le bruit

des gouttes bleues sur les feuilles

 

 

          VII

 

Volets qui claquent

roulement de tambour

quand je déchire le ciel avec mes dents

des loups reprennent en jappant

mes dentelles au grillage

 

 

          VIII

 

J'appelle mes enfants

pour jouer sur le sable

là où la mer compte les fleuves

 

 

          IX

 

 

Ami tu portes l'enfant la gerbe

la balle de lumière

et  moi éloignée du règne des arbres

je suis happée broyée par l'esclavage

de l'absence

 

 

          X

 

 

Les couleurs t'obéissent en brassant

la couche des eaux successives

pour abriter la joie

les formes colossales s'harmonisent

mettent bas des marelles calcaires

autour des corps qui grimpent

sur tes mots d'aube et d'église claire

qui rassemblent des morceaux de verre

de faïence et de chiffres

 

 

          XI

 

 

C'est dans tes couleurs que je me lève

dans tes formes que je me tiens debout

dans tes paroldes que j'observe ce rien

des feuillets qui s'écrivent ici

dans le tumulte

 

 

          XII

 

 

C'est dans le bruit

des gouttes bleues sur les feuilles

qu je t'offre ce rien de terre

cette louange par-dessus l'horizon

qui m'élève et me cloue à la place

du verbe merci

 

 

 

 

 

Ce texte, ex-voto tardif à St Antoine de Padoue, a été écrit grâce à mon ami Serge Pey de Toulouse, suite à la visite des églises des Jacobins et Notre Dame de la Dorade, le 14 février 2005, entre le fleuve et le vent glacé de la ville rose.

Revue "arpa", numéro 88, Février 2006

 

  pluie sur feuilles rouges

         

 

 

 

 

 

    

 

 

 

Par Mu - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
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