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Là-bas, il y a des arbres au bois rouge.
Bois sacré, silencieux, dans la chaleur de la nuit et la lenteur du jour.
Ici, depuis toujours, depuis l'enfance du monde, il pleut.
Bruit des gouttes bleues sur les feuilles.
Là-bas aussi, un jour il a plu, une pluie torrentielle, elle a fécondé la terre.
Ici, les gouttes de plus en plus bleues ont abreuvé les feuilles.
Là-bas, la terre est devenue violente, mais de l'arbre est montée une grande douceur.
Ici, les gouttes bleues ont entonné un chant de merci à l'arbre qui offrait ses feuilles.
Puis, le ciel et la terre se sont renversés, il n'est plus resté que la mer et l'arbre au milieu donnant sa douceur aux gouttes bleues sur ses feuilles.
Un jour, une voix se fera entendre qui séparera les eaux des eaux. Alors, le ciel et la terre reprendront, jour et nuit, le cycle, mais nouveau, car l'arbre n'aura pas cessé d'accueillir le goutte à goutte de la vie. Comme un coeur qui bat entre deux sangs qui n'en sont qu'un.
EX-VOTO
I
Quelques fois le monde en vas clos
déborde et me serre la gorge
je bois péniblement le bruit
des gouttes bleues sur les feuilles
II
Les images ne prennent plus
elles frappent sur une matière douce
pendant que l'Ami parle au désert
III
Il se dresse
l'orage découpe son écorce
son visage éclate dans les branches
habitées d'insectes
IV
Il piétine les dalles
près de la Vierge Noire
et des livres s'écrivent dans l'ombre
puis il se courbe en appelant les astres
qu'il écrase dans ses mains
sous ses pieds
V
Le chant du monde se répand
dans ses veines
il travers les fruits
de l'autre côté du rouge
l'aube initiale allume des bougies
qui font tourner les anges et ma tête
VI
La voix se tait renversée
dans mon naufrage de barrières
d'échelles couchées de barreaux
qui remontent à la surface de mes yeux
Alors nage calmement le bruit
des gouttes bleues sur les feuilles
VII
Volets qui claquent
roulement de tambour
quand je déchire le ciel avec mes dents
des loups reprennent en jappant
mes dentelles au grillage
VIII
J'appelle mes enfants
pour jouer sur le sable
là où la mer compte les fleuves
IX
Ami tu portes l'enfant la gerbe
la balle de lumière
et moi éloignée du règne des arbres
je suis happée broyée par l'esclavage
de l'absence
X
Les couleurs t'obéissent en brassant
la couche des eaux successives
pour abriter la joie
les formes colossales s'harmonisent
mettent bas des marelles calcaires
autour des corps qui grimpent
sur tes mots d'aube et d'église claire
qui rassemblent des morceaux de verre
de faïence et de chiffres
XI
C'est dans tes couleurs que je me lève
dans tes formes que je me tiens debout
dans tes paroldes que j'observe ce rien
des feuillets qui s'écrivent ici
dans le tumulte
XII
C'est dans le bruit
des gouttes bleues sur les feuilles
qu je t'offre ce rien de terre
cette louange par-dessus l'horizon
qui m'élève et me cloue à la place
du verbe merci
Ce texte, ex-voto tardif à St Antoine de Padoue, a été écrit grâce à mon ami Serge Pey de Toulouse, suite à la visite des églises des Jacobins et Notre Dame de la Dorade, le 14 février 2005, entre le fleuve et le vent glacé de la ville rose.
Revue "arpa", numéro 88, Février 2006
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